Scène de de la vie du saint : don d'une pièce d'argent trouvée

ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE

ABBAYE
 Saint Pierre Damien



 

 Saint Pierre Damien

  Fête le 21 février

   Naissance vers 1007 , Ravenne, en Italie

 Mort 22/02/1072 - Faenza

Docteur de l'Eglise


 
En une année diversement rapportée entre 1003 et 1007, naît à Ravenne un bébé que sa mère, très pauvre, aux nombreux enfants, semble t-il, confie à la femme d'un prêtre. Un peu avant la mort de sa mère, le garçon est repris par sa famille et un de ses frères lui confie la tâche de garder ses pourceaux, tout en étant avec lui particulièrement rude. On raconte qu'un jour, il trouva par hasard une pièce d'argent qu'il aurait pu, comme beaucoup d'enfants l'auraient fait à sa place, dépenser pour un petit plaisir, mais le jeune Pierre "sut résister à cette tentation", pour exprimer son geste à la façon de son biographe, et préféra confier cet argent à un prêtre, pour qu'il dise des Messes pour son père défunt.
Un autre de ses frères, devenu archi-prêtre de Ravenne, est ému de sa situation et se rendant compte de la vive intelligence de l'enfant, le prend sous son aile et le fait étudier. C'est par reconnaissance à ce frère, prénommé Damien, que le petit Pierre se fera appelé Pierre Damien (Pier ou Pietro Damiani ou Damiano en italien, Petrus Damiani en latin).

Le jeune garçon fait des études remarquées par ses maîtres, à Ravenne d'abord, puis à Faenza et à Parme. Le jeune homme brillant qu'il devient apparaît de plus en plus "tourmenté par de viles tentations". Une nuit, il descend dans un étang très froid, "jusqu'à ce qu'il eût éteint le feu de la concupiscence".


Devenu célèbre professeur de réthorique, il a de nombreux élèves qui lui procurent richesse, honneurs et... tentations, bien sûr, tels Domingo Loricatus ou Giovanni de Lodi, qui écrira sa vie, sera évêque de Gubbio et aussi son successeur à la tête de l'abbaye de Fonte Avellana. Il fait alors, la rencontre de deux ermites, dont le dépouillement le fascine. Cette fois, c'est décidé, il va se faire moine, et entre en 1035 comme ermite au prieuré de Fonte Avellana, fondé quelques cinquante ans auparavant par
Romuald de Ravenne, le père des Camaldules, et dirigé alors par l'abbé Landulf, un disciple de Romuald. Pierre Damien expérimente alors toutes sortes de pénitence, chose qu'il expérimentait depuis un certain temps déjà, mais peut-être dans une moindre mesure : Cilice, flagellation (qu'il 'infligeait d'ailleurs à lui-méme avec une systématique atrocité, terribles jeûnes, lit de seules planches...mais sans clous , ce n'est pas du jeu ! Contre son gré, il y devient prieur en 1037. En même temps qu'une vie très ascétique, très austère, il travaille à la réforme d'autres couvents (Santa Maria Pomposa et Saint Vincent en 1041 et 1042), en fonde lui-même, fait divers sermons et conférences demandées par Guido (Guy) di Pomposa ou d'autres moines, et commence une oeuvre qui sera très abondante, qui comprennent cent cinquante-huit lettres, soixante-quinze sermons, des vies de saints et divers traités ascétiques.

Un de ses tout premiers écrits est une sorte de dispute (disputatio) avec un juif, sur le problème de la Trinité et du Messie ainsi que la plus connue (Beata) Vita Romualdi (1042), biographie de
Romuald de Ravenne. En 1043, il prend la tête du monastère de Fonte Avellana en tant que prieur.

L'élection de Grégoire VI en 1045 le réjouit, qui facilite son oeuvre réformatrice, le plaçant dans une position d'intermédiaire entre le pontife et l'empereur Henri III, sans compter l'appui d'Hildebrand, le futur Grégoire VII, père de la réforme dite grégorienne. Ce dernier l'associe à sa lutte contre le nicolaïsme et la simonie : l'intervention des laïcs dans la collation, 1'investiture des bénéfices ecclésiastiques, le mariage et le concubinage des prêtres, l'homosexualité, (dont il parle avec force détails), en sont les thèmes principaux. Sur ceux-ci, il écrira, successivement, Liber Gomorrhianus (1049), qu'il adresse au nouveau pape Léon IX et Liber gratissimus (1052) qu'il adresse à l’archevêque Henri de Ravenne. Le livre de Gomorrhe traite non seulement du mariage des prêtres, mais aussi de l'homosexualité, dont il soupçonne les prêtres qui en sont coupables ( aux yeux de l'Eglise, bien sûr!), de se confesser entre-eux pour obtenir de légères pénitences. Il demande même à Léon IX de les exclure de l'Eglise, ce que refusera ce dernier.

Pendant ce temps, Pierre Damien continue de réformer et de fonder des monastères, à Ocri (1050), à Gamugno (auj. Gamogna) et Acerreta en 1053 (en Toscane, province de Florence), sur des terres octroyées par Guidi (Guy) di Modigliana. A Gamugno, où Léon IX le nomme prieur (ainsi qu'à Ocri), ce sera S. Barnaba (Barnabé) di Gamugno, dont il ne reste que l'église romane :

Eglise de Gamugno

A Acerrata, ce sera l'abbaye de S.Giovanni d'Acerreta, appelée aussi S. Giovanni Battista in Val d'Acereto (auj. Badia della Valle dans la commune de Marradi). Ce lieu aurait fait partie de terres cédées en 823 par l'empereur Lothaire à la ville de Faenza. De l'abbaye, il ne reste que peu de choses, la petite abbatiale et quelques bâtisses attenantes :

Acerrata

La mort de Léon IX en 1054 pousse Pierre Damien à s'interroger sur les brèves existences des papes, dans le traité De brevitate vitae pontificum romanorum. Réponse difficile, imaginant difficilement, d'un côté, que Dieu désirait faire mourir prématurément son Vicaire, et de l'autre, sachant que les prélats pouvaient, comme d'autres dignitaires, être l'objet de jalousies, de convoitises. Pas plus tard qu'en 1052, l'archevêque de Lyon Halinard, un fidèle compagnon, n'avait pas survécu à un plat de poisson empoisonné que lui avait servi un faux ami (Chronique de St-Bénigne de Dijon).

Afin de l'enlever définitivement à son monastère, où il aimait à se retirer, Etienne IX le contraignit, par menace d'excommunication, à accepter l'évêché d'Ostie (1057). C'est le début de nombreuses missions papales, charges qui pèsent lourdement sur les épaules de Damien, l'éloignant douloureusement de la contemplation : Il est envoyé comme légat à Milan (1059), en France (1063), à Florence (1063), puis en Germanie (1069).

A Milan d'abord, il en préside le concile, et à l'aide du bas peuple excité par les patarins contre les prêtres mariés, il obtint la soumission de l'archevêque et du clergé, qui avaient jusqu'alors défendu contre Rome l'indépendance du siège de saint Ambroise et le mariage des prêtres. Il y fit aussi condamner la doctrine de Bérenger contre la transubstantiation. Au concile de Latran (1059), il contribua à l'adoption du décret qui interdisait aux laïcs d'entendre la messe dite par des prêtres qui avaient des femmes chez eux. Il y obtient aussi un autre décret, qui réserve l'élection du pape aux seuls cardinaux. Après l'élection, justement, d'Alexandre II (1061-1073) il se retire dans son monastère duquel il doit s'extirper pour protéger l'Eglise, déchirée par le schisme de l'antipape Honorius II (condamné en 1062). "Nous n'en connaissons pas dont l'autorité soit plus grande, après la nôtre, dans l'Eglise romaine, dit Alexandre II de Pierre Damien, il est notre œil et le ferme appui du siège apostolique. » En 1063, il est à Cluny et Limoges, pour assurer les droits d'exemption des clunisiens. " Pierre Damien passa huit jours à Cluny en 1063. Il n’y était pas arrivé sans préventions : ferme partisan des mortifications, il désirait introduire à l’abbaye les flagellations volontaires et des jeûnes au pain et à l’eau, mais l’abbé Hugues fut assez habile pour lui montrer qu’un tel ascétisme n’était pas conciliable avec l’office liturgique et l’administration du monastère; l’austère visiteur s’en alla très édifié et vanta «Cluny l’incomparable». Quelques années plus tard, il réussit à faire adopter au Mont-Cassin ce qu’il n’avait pu imposer à Cluny; les résultats négatifs prouvèrent à quel point l’abbé Hugues avait eu raison de ne pas bouleverser son monastère sous prétexte d’une ascèse plus pure."
extrait de http://jesusmarie.free.fr/pd.html

Dans le conflit entre Honoré II et Alexandre II, il détacha l'impératrice Agnès du parti d'Honoré et il provoqua la réunion du concile de Mantoue qui déposa cet antipape. En 1061, il s'était démis de l'évêché d Ostie. Il devint le confesseur d'Agnès, et en 1069, il amena Henri IV à renoncer à ses projets de divorce et à reprendre sa femme Berthe.

"Le fond de sa vision de l'Église est traditionnel : l'Église est, par l'Incarnation du Fils de Dieu, une descente et une manifestation sur terre de la Jérusalem d'en haut. L'Église est le Corps du Christ, en tant que, dans son extension universelle, elle est animée par son Esprit. Pierre Damien a développé, sur cette base, et sur celle de l'axiome traditionnel selon lequel « toute âme est l'Église », une théologie profonde de l'Église comme communion dans le Saint-Esprit. Toute l'Église, l'universalis ecclesia, est présente tout entière à chacun, tout en demeurant une et unique : « L'Esprit, qui est sans aucun doute un et (en même temps) varié... donne à la sainte Église, qu'il remplit, d'être une dans son universalité, et tout entière dans (chacune de) ses parties. » Ainsi l'Église est faite des hommes habités par l'Esprit : « nos utique sumus ecclesia », nous sommes, à coup sûr, l'Église » (Sermo 72 : PL 144, 909 C).
Dans ce corps, tous les fidèles sont consacrés et ont une dignité sacerdotale. Les prêtres ordonnés ne font que donner une forme visible et une application à l'action de Dieu ou du Christ, souverain célébrant. Pierre Damien demeure dans la ligne de saint Augustin pour la question de la validité des ordinations simoniaques (rattachement à l'action efficace du Christ : donc validité à condition que l'on garde la foi de l'Église).
Mais cette Église a reçu de Dieu une structure qui fait que l'Église romaine jouit d'une autorité divine aussi, qui travaille à la lui retirer est de ce fait hérétique. Le pape est seul évêque universel de toutes les Églises, « solus omnium ecclesiarum universalis episcopus » (Opusc. 23, 1 : 145, 474 C). Dans la décadence générale et en vue de la réferrne des moeurs, l'Église romaine est l'appui d'une efficacité incomparable. Elle est pour toute l'Église « fundamentum et basis ». La réforme s'appuiera donc sur elle. Par là, Pierre Damien est d'accord avec les « Lorrains » (Humbert, Léon IX) et les Grégoriens.
Il se distingue d'eux et s'avère un antégrégorien, un homme du saint Empire des trois Otton et des trois Henri (de Henri III surtout, qu'il compare à David), par la façon dont il parle du pouvoir impérial et royal. Les deux pouvoirs procèdent également de Dieu, en quelque sorte ex aequo, même si les rois sont soumis aux prêtres pour leur salut. L'idéal est une entente, un appui mutuel, une sorte de circumincession par laquelle le pouvoir des rois serait dans le pape et le pouvoir du pape dans les rois. Cela suppose une ecclésiologie du « populus christianus » plus carolingienne que grégorienne, et aussi une idée très haute du caractère sacré des rois. Réformateur moral, Pierre Damien n'est pas un théocrate : l'énoncé du Sermo 69 sur les deux glaives qu'on lui a longtemps attribué n’est pas de lui, mais de Nicolas de Clairvaux. "
extrait de http://jesusmarie.free.fr/pd.html

Damiani avait pour la sainte Vierge une dévotion dont l'ardeur peut étonner de la part d'un homme dont la foi paraît avoir été sombre et cruelle, mais qui s'explique par la ferveur de son admiration pour la virginité. Il semble avoir concentré sur Marie tout ce qu'il avait de tendresse. Dans ses sermons, il lui donne le titre de deificata, lui attribue toute puissance dans le ciel et sur la terre et parle de sa beauté avec la verve d'un troubadour. Il composa pour elle un Officium Beatae Virginis, et il introduisit dans plusieurs couvents d'Italie la coutume de consacrer le samedi à son culte. Cette innovation, qui souleva d'abord des réticences, finit par être sanctionnée et généralisée par le grand concile de Clermont en 1095.

Quelques dictons :

- A la Saint-Pierre-Damien l'hiver reprend ou s'éteint.
ou une variante :
- A la Saint Pierre Damien, si février n'a ses bourrasques, tous les mois feront des frasques.
- Saint Pierre Damien et l’ange gardien

 
Sources :

http://jesusmarie.free.fr/pd.html
http://www.newadvent.org/cathen/11764a.htm
http://www.dinamica.it/diocesi/curia/pidam.htm (Gamugno)
http://www.dinamica.it/diocesi/img/moneta.gif

 
 
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